FORMATION INSPECTORAT
             Cours d'anthropologie du Travail
                             2017-2018  


PROGRAMME DU COURS

Première partie : rappel du premier cours et introduction au deuxième cours

Chapitre I : les notions clés de l’anthropologie
A) Ethnologie, ethnographie, anthropologie
B) Evolutionnisme, diffusionnisme, culturalisme
C) Le corps et les corps : l’espace propre du corps : Merleau Ponty
D) Le corps et le sport dans l’anthropologie

Chapitre II : le corps comme lieu de symbolisation
A) Nature et concept
B) Le naturel comme inné
C) Le recevoir comme inné
D) Le culturel comme propre de l’homme

Deuxième partie : l’anthropologie du travail comme domaine culturel

Chapitre I : nature et culture dans l’anthropologie du travail
A) La culture a donnée les cultures
B) Les théories de l’anthropologie du travail
C) Le travail réalité et abstraction du néant
D) Quel travail pour un inspecteur de jeunesse et des sports ?
E) La sélection et l’accord d’un projet type

Chapitre II : Les missions de l’inspecteur de jeunesse et des sports
A) Missions de contrôles et de recadrages d’activités sportives
B) Mission de lutte contre les discriminations dans le sport.
C) Mission relative aux fédérations sportives reconnues d’utilité publique.
D) Mission relative au financement du sport et aux solidarités entre le sport professionnel et le sport amateur.
E) Mission d’appui de réalisation et d’évaluation de la politique ministérielle relative aux formations et certifications aux métiers du sport et de l’animation.


Troisième partie : Culture et projet politiques de management et changement social

Chapitre I : Le paradigme de l’individu isolé au travail
A) L’ethnographie des organisations : anthropologie des managers
B) Le pouvoir dans l’organisation et dans la communauté du travail
C) Définition et composantes de la culture d’entreprise.
D) Evolution de la culture du travail en tant que variable pour le développement.
E) L'entreprise comme institution économique, sociale et politique

Chapitre II : La stratégie, la norme et l’individu
A) Rappel de quelques éléments clés d’une anthropologie de l’action organisée
B) Les dimensions souvent oubliées de l’agir stratégique
C) Culture et communication interne au sein de la structure de travail
D) Les fondateurs et les circonstances de la fondation du respect patronal
E) Stratégies d’évolution des positions concurrentielles d’internationalisation

Chapitre III : Systématisation et représentation sectorielle
A) Organisation d’une séance de travail
B) Apprendre et à reconnaître les bases d’une discussion alternative
C) Méthodes d’énonciation ethnologique décisoire
D) Améliorer ses compétences de base sous forme triangulaire
E) Vitesse d’élocution-arrogance-langage corporel-cohérence et persévérance
motivation et voie morale

Chapitre IV : Employer les bonnes stratégies de communication et de développement
A) La culpabilité et la réciprocité
B) Exploitation de la puissance du consensus
C) Savoir prendre les commandes sans ambigüité
D) Revoyez vos attentes à la hausse : méthode pratique
E) Agir comme un commercial : vision optimale

OBJECTIFS DU COURS :
Ce cours a pour objectifs de permettre aux étudiant(e)s de maîtriser la littérature anthropologique riche de descriptions du corps, du langage et du travail. Le cours livre ses descriptions en les théorisant, en mettant en valeur toute la complexité de leurs conceptions. La perspective de l’anthropologie du travail accentue la pertinence du débat Nature/Culture, elle permet, aussi, d’interroger la définition univoque que la civilisation occidentale a conférée historiquement au corps et qu’elle a imposée, comme seuls regards et discours légitimes. En effet, les disciplines biologiques et médicales ont acquis un monopole de savoir et de gestion du corps à l’exclusion de toute autre forme. Les étudiants inspecteurs doivent donc apprendre à se démarquer de cette conception purement occidentale pour mieux comprendre leur environnement et leur personnalité. Dans les sociétés africaines (exotiques), le corps s’exprime à travers des mythes, des croyances et des rituels thérapeutiques.

Bibliographie sélective :
-Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (sous la direction de)
-BABA, Marietta L. Business and Industrial Anthropology, NAPA Bulletin : 2, American Anthropological
Association, 1986, 45p.
-BARÉ, Jean-François. « L'anthropologie et l'entreprise. Quelques remarques », J.-F. Barré
(dir.), Les applications de l'anthropologie. Un essai de réflexion collective depuis la France,
Paris, Karthala, 1995, p. 119-139.
-BATE, S.P., « Whatever Happened to Organizational Anthropology? A Review of the Field
Ethnography and Anthropological Studies », Human Relations, Vol. 50, no 9, 1997, p. 1147-
1175.
-BONNAFOUS-BOUCHER, Maria, Anthropologie et gestion, Paris, Economica, 2005, 169p.
-BRITAIN, Gerald M. et COHEN, Ronald (dir.). Hierarchy and Society. Anthropological
Perspectives on Bureaucracy, Philadelphie, ISHI, 1980.
-COLLECTIF. Ethnographie des organisations : pour une nouvelle approche des pratiques
managériales, Paris, Fondation nationale pour la gestion des entreprises, 1986.13
-D. Franck, L’un-pour-l’autre (Levinas et la signification), PUF, Paris, 2008
-DARRAH, Charles N., Learning and Work. An Exploration in Industrial Ethnography, New
York, Garland Publishing, 1996, 185p.
-Deleuze, L’Image du corps, Paris, minuit, 1985
-Deleuze, Spinoza, Philosophie pratique, Paris, Minuit, 1981
-DEMONTROND-ROBERT, Philippe (sous la direction de). Anthropologie du sacré et
sciences de gestion, Rennes, Éditions Apogée, 2007.
-DESMAREZ, Pierre. « Les ethnologues à l'usine », La sociologie industrielle aux États-
Unis, Paris, Armand Colin, 1986, p. 73-87.
-Didier Franck, Dramatique des phénomènes, PUF, Paris, 2001
-DOUGLAS, Mary. How Institutions Think, Syracuse, Syracuse University Press, 1986.
-DUPUIS, Jean-Pierre. « Anthropologie, culture et organisation. Vers un modèle
constructiviste », J.-F. Chanlat (dir.), L'individu dans l'organisation. Les dimensions oubliées,
Québec, PUL-Eska, 1990, p. 533-552.
-Emmanuel. Levinas, Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl, Paris, Vrin,
1978
-ERIKSON, Philippe, GHASARIAN, Christian, « Un terrain de 35 heures… Réflexions
dialogiques sur les recherches d’anthropologie finalisée en entreprise », in GHASARIAN,
Christian (dir.), De l’ethnographie à l’anthropologie réflexive, Paris, Armand Colin, 2002, p.
117-141.
-Gérard Bailhache, Le sujet chez Emmanuel Levinas, fragilité et subjectivité, PUF, Paris, 1994

 

              
                FORMATION INSPECTORAT
                  Cours anthropologie Sociale
                                           et
                           Anthropologie du Sport
                                     2016-2017    

     

 
(Tous les chapitres ne seront pas traités)
 
I.Présentation de la discipline
 
Présentation de la discipline : elle (l'anthropologie) peut être définie à partir de son objet, les sociétés traditionnelles, et/ou par sa méthode spécifique, l’observation participante. Ces définitions sont problématiques et remises en question (Lenclud et Testart peuvent incarner les 2 positions contraires, le primat accordé à la méthode ou à l’objet). La remise en question de ce primat accordé à l’Autre éloigné et exotique permet d’aborder la question de l’altérité (et de l’Autre tout proche). Cette question est véritablement le fil rouge de l’ensemble de cette partie, (mais du cours également, avec la présentation lors de la dernière partie, de travaux s’inscrivant dans une « ethnologie du proche », une « anthropologie des mondes contemporains »). C’est à partir de cette question que sont abordées la question de la méthode, puis les notions d’ethnie, d’ethnocentrisme, de culture etc… La difficulté de construire des catégories, et le caractère ethnocentrique, souvent idéologique, arbitraire, de ces constructions sont commentés et illustrés. 
 
 1 LES DEFINITIONS :  L’ethnologie Une définition problématique (textes de Lenclud, Testart)
                           Les  autres termes : ethnographie, anthropologie… Ethnologie et sociologie
 
          -LA METHODE  L’observation participante Des faits implicites et inconscients qui nécessitent
          cette approche Le terrain La relation enquêteur / enquêté
 
         -LES OUTILS D’INVESTIGATION Les monographies Les récits de vie et entretiens La
  description L’objectivité ethnographique Le détour par l’autre, le regard éloigné, le retour
   sur soi : exemple du Potlach
 
                  CONCEPTS ET NOTIONS 1 .
       Grand partage et ethnocentrisme Société traditionnelles et sociétés modernes :
       le grand partage Le rapport à l’Autre : l’ethnocentrisme L’ethnocide   
    
 
                   CONCEPTS ET NOTION 2. Ethnie et culture La notion d’ethnie La notion de culture
 
 
 
II. Les courants théoriques
 
Lors de cette 2eme grande partie du cours, présentation des courants. Avec des exemples pris dans des textes ou ouvrages, notamment de Benedict et Mead (culturalisme), Lévi-Strauss (structuralisme), Malinowski (fonctionnalisme), etc. qui figurent dans la bibliographie. Explication des modes d’analyse des ces Ecoles en utilisant leurs outils conceptuels ou leur cadre théorique (cercle culturel, personnalité de base, cultural pattern, fonction, structure, etc.) pour appréhender tel ou tel phénomène contemporain ou « proche ». On interrogera, lors de la présentation de chaque courant (de ses postulats théoriques, ses hypothèses de recherche, ses problématiques privilégiées, ses grilles d’analyse, et ses outils théoriques) la validité de ceux-ci aujourd’hui, et nous verrons en quoi tel ou tel concept nous permet de poser telle ou telle question, d’orienter de telle façon notre regard, de porter la lumière de telle façon sur tel phénomène actuel. (La circulation d’un « trait culturel », l’analyse structurale des thrillers américains, la « personnalité de base » de tel « être culturel »…)
 
L’EVOLUTIONNISME La naissance Définition Les fondateurs : Morgan et les 3 stades Les fondateurs : Tylor et le phénomène religieux Frazer et Spencer Critiques de l’évolutionnisme
 
LE DIFFUSIONNISME La naissance et contexte La théorie Le postulat théorique et l’objet du diffusionnisme L’anthropogéographie de Friedrich Ratzel Les notions clés Aires culturelles Traits culturels Baumann et Westermann : l’Afrique et les cercles de civilisation
Le bilan du diffusionnisme La critique du diffusionnisme Apports et devenir du diffusionnisme Les héritiers  Les exemples contemporains Le retour du diffusionnisme ?
 
LE FONCTIONNALISME Les origines La thèse fonctionnaliste L’analogie organiciste  L’axiomatique du fonctionnalisme Malinowski Le travail de terrain La culture comme un tout fonctionnel La théorie des besoins  Généralités  Les besoins élémentaires et les réponses culturelles  La théorie des besoins dérivés Exemple : la Kula Exemple d’analyse : les rites et leurs fonctions Critiques du fonctionnalisme
 
LE CULTURALISME     Le courant culture et personnalité  Ruth Benedict et les « types culturels » « Le Chrysanthème et le sabre » Margaret Mead et la « socialisation de la personnalité » Ralph Linton, Abram Kardiner, et la « personnalité de base »  La critique du culturalisme Les leçons du culturalisme
 
LE STRUCTURALISME Le modèle linguistique Le champ de pertinence La notion de structure Les structures élémentaires de la parenté  La mythologie Exemple d’analyse structurale Lexique
L’ANTHROPOLOGIE DYNAMIQUE Généralités Définition Le contexte La réhabilitation de l’histoire Les chefs de file Georges Balandier Roger Bastide Max Gluckman et les conflits Les notions-clés : l’acculturation Définition Le principe de sélection Le principe de réinterprétation
 
III. Anthropologie des mondes contemporains: anthropologie du sport
 
 
Dans cette dernière partie, nous donnerons quelques exemples d’une anthropologie du proche, et du sport dans le contexte contemporain de la globalisation, tandis qu’on observe des formes multiples d’exacerbations des particularismes et de bricolages identitaires. Nous rendrons compte de l’extension du champ d’investigation à de nouveaux terrains et objets (le corps, le sport, la bourgeoisie, les fans, l’assemblée nationale, les tribunes de stades de football, une association d’anciens alcooliques, les « jeunes » d’une « cité de Banlieue »…). Nous verrons, à travers la présentation de travaux de chercheurs contemporains, que sont abordés les grandes problématiques de la discipline, les grands thèmes « traditionnels » (le corps, la parenté, le religieux, le politique, la maladie…), les grandes notions (Rites, Mythes, culture…), et qu’est prolongée la tradition de mise à distance et de regard éloigné. 
 

 PREMIERE PARTIE :
les essentiels.
 
 
Introduction générale : objectif du cours, rappels et compléments/15 premières heures.

Ceci n'est pas le cours intégral, juste les points marquants,
les points éssentiels, à  poursuivre les recherches ...
 
  1. Quelques définitions.
  1. Qu’est ce que l’ethnographie ?
Qu’est ce que l’ethnographie : L’ethnographie est la science de l'anthropologie dont l'objet est l'étude descriptive et analytique, sur le terrain, des mœurs et des coutumes de populations déterminées. Pour Claude Levi Strauss, l’ethnographie désigne la transcription des données premières sur le terrain. Elle est le plus souvent considérée comme la phase initiale de toute recherche ethnologique. (Observation et description). Cette phase est toujours comprise comme le début de toute science "la grande-mère de l'anthropologie", elle reste fortement observatoire.
 
   2. Qu’est ce que l’ethnologie ?

Ethnos signifie petit groupe humain, à l’opposé du socios, plus global. L’ethnologie est donc la réflexion sur les petits groupes humains. Elle considère le concept d’altérité comme une base de travail, refusant la facilité selon laquelle l’autre est un sauvage, la peur du différent menant souvent à une représentation caricaturale d’autrui. L’idée fausse est de croire que nous sommes dans la société et que l’autre se situe dans une ethnie.
 (…)
Le projet ethnologique, au départ ethnographique, consiste à construire une science à partir de la différence, cet élément étant grandement favorisé par la naissance de l’ethnographie en lien avec la colonisation.
Suite à la première phase ethnographique que l’on peut qualifier de descriptive, s’ensuit l’ethnologie, réflexion permettant dans un premier temps, durant l’étape guerrière de la colonisation, une meilleure connaissance de l’adversaire puis, durant l’étape administrative, de mieux connaître les populations pour mieux les administrer (études sur le chef, la langue, les coutumes…). L’ethnologie est alors un instrument politique (…)
 
L’ethnologie essaie depuis lors de gagner son autonomie de pensée et de se départir de son association au processus de colonisation. Cela a été grandement favorisé par la décolonisation et l’intérêt porté par certains ethnologues au local, à l’ethnographie du proche comme par exemple du paysan Français.
L’ethnologie, c’est tout d’abord le regard porté sur l’autre, le désir de connaissance des peuples, plus ou moins distants, mais parfois proches, qui nous semblent différents. (…). L'ethnologie est une science humaine qui relève de l'anthropologie et qui est connexe (analogue, similaire) à la sociologie, et dont l'objet est l'étude comparative et explicative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels des groupes humains.Pour  Claude lévi strauss (interprétation des données) "la mère de l'anthropologie"
 
  3. Qu’est ce que l’anthropologie ?

Dans une définition célèbre, Tylor affirme que « l’anthropologie est un tout complexe, qui inclut les connaissances, les croyances, l'art, la morale, le droit, les coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquises par l'homme en tant que membre de la société »
L’anthropologie est l’étude des diversités culturelles. Une position, explicite chez Lévi-Strauss, qui lui réserve la phase comparative et généralisante, en particulier à partir des données et des synthèses des sociologies et ethnologies (Lévi-Strauss, anthropologie structurale 1958 : 358) l’anthropologie serait donc un discours, une étude, une analyse, sur l’homme.
(généralisation et comparaison).

L’anthropologie a pour vocation de fédérer l’ensemble des regards portés sur l’homme : biologique, sociologique, physiologique, ethnologique, etc.… Un débat anthropologique naît du débat de deux regards différents tirés de deux sciences différentes. Une étude sollicitant à la fois la sociologie et l’ethnologie est, par exemple, une étude anthropologique.

La différence entre l'anthropologie sociale d'origine européenne et l'anthropologie culturelle, d'origine américaine, est souvent l'objet d'un débat généralement identifié comme une approche théorique différente entre ces deux traditions anglo-saxonnes. L'anthropologie sociale, est plus orientée vers une étude structurale de la société alors que l'anthropologie culturelle considère, comme une priorité, l'aspect symbolique.
l'ethnologie ou anthropologie sociale (surtout en Europe) s’intéresse entre autres à l’étude de la parenté, de la politique et de l’organisation sociale tandis que l’anthropologie culturelle (surtout aux États-Unis) étudie les mœurs, la religion et les autres aspects symboliques des sociétés humaines.
Cette opposition artificielle de l’anthropologie sociale et l’anthropologie culturelle se situe dans le fait que l’anthropologie culturelle a tendance à isoler les faits culturels des autres faits sociaux, comme si la nature constituait une réalité en soi.
 
    4. Qu’est ce que la sociologie ?

Depuis Durkheim la sociologie est un domaine d’activité scientifique défini, par un objet (le social) et une méthode (ethnographique) cette méthode a deux démarches soit une démarche analytique et qualitative (plus exigeante) ou une démarche théorique et quantitative) et un but (l’explication des faits sociaux).
La sociologie est la discipline qui étudie la vie et le fonctionnement des sociétés, et s’attache à rendre compte de la variété des phénomènes sociaux. La sociologie peut être définie comme la branche des sciences humaines qui cherche à comprendre et à expliquer l'impact de la dimension sociale sur les représentations et comportements humains.


    5. Qu'est ce que l'ethnie?
 

« J’appellerai « ethnie » cet ensemble de groupes locaux se sachant issus d’une même souche, parlant des langues apparentées et partageant un certain nombre de principes d’organisation de la société et de représentations de l’ordre social et cosmique, ainsi que des valeurs communes. »  (Maurice GODELIER, 2012, 106)
   
 
  6. Qu'est ce que la culture?
 

J’utiliserais cette définition en en retranchant les « valeurs communes », notion trop floue qui suggère l’homogénéité des valeurs au sein d’une même ethnie, présomption qui me semble éminemment contestable, en particulier dans les sociétés modernes.

J’emploie ici le mot « culture » pour désigner l’ensemble des représentations et des principes qui organisent consciemment les différents domaines de la vie sociale, ainsi que les valeurs attachées à ces manières d’agir et de penser. (GODELIER, 2012, 106)


     7. Qu'est ce que la société?
 

 La définition suivante, celle de « société », n’est pas présentée comme une définition, car il s’agit d’un des problèmes abordés dans le chapitre (et plus largement dans le livre). Ces extraits représentent cependant assez bien les traits d’une « société ».

« Un groupe territorial devient une « société » lorsqu’un certain nombre de groupes et d’individus revendiquent de se reproduire ensemble sur un même territoire et se désignent eux-mêmes, à l’intention des groupes voisins, par un grand nom qui recouvre les noms particuliers de leurs clans et lignages de naissance. […] Mais une fois apparu, un groupe territorial nouveau […] doit à la fois se reproduire comme tel, comme un tout, et se représenter à lui-même et se présenter aux autres comme tel, comme un tout. » (Maurice GODELIER, 2012, 109)

 

      8. Qu’est-ce finalement qu’une « tribu » ?

C’est une société locale (et non une communauté) composée d’un ensemble de groupes de parenté, unis par les mêmes principes d’organisation de la vie sociale, les mêmes modes de pensée et parlant la même langue, liés par des mariages répétés et associés dans la défense et l’exploitation des ressources d’un territoire commun. 
(GODELIER, 2012, 109)


Chez Godelier, la culture permet de comprendre le monde, l’ethnie fournit une identité et la société et la tribu fournissent un accès aux ressources matérielles nécessaires à la survie.

Bibliographie

 

GODELIER, Maurice. Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend l’anthropologie. Paris: Flammarion, 2007

Les anthropologues désignent habituellement par le terme « tribu » deux réalités, deux domaines de faits différents mais liés. D'une part, presque tous s'en servent pour distinguer un type de société parmi d'autres, un mode d'organisation sociale spécifique qu'ils comparent à d'autres (« bandes », « États », etc.). Ce point cependant ne fait pas l'unanimité parmi eux par suite de l'imprécision des critères sélectionnés pour définir et isoler ces divers types de société. Mais le désaccord est encore plus profond à propos du second usage du terme « tribu », lorsqu'il désigne un stade de l'évolution de la société humaine. Le lien entre ces deux usages est d'ailleurs très clair puisque, dans la perspective des évolutionnistes, chaque stade d'évolution est caractérisé par un type spécifique d'organisation sociale. La majorité des anthropologues se refusent toutefois à conclure de l'existence d'un mode d'organisation sociale à l'existence d'un stade nécessaire de l'évolution de l'humanité et contestent même la possibilité théorique d'une analyse scientifique de l'évolution des sociétés humaines (E. R. Leach), ou dénient tout intérêt à se préoccuper de leur histoire. C'est le cas, à l'exception notable d'Evans-Pritchard ou de Raymond Firth, de la plupart des anthropologues qui se réclament du fonctionnalisme ou d'un certain structuralisme. En outre, même parmi ceux qui défendent le projet de construire une théorie scientifique de l'évolution sociale, certains, comme Herbert Lewis, ne considèrent pas le mode d'organisation tribale de la société comme un stade nécessaire et général de cette évolution, et d'autres, comme Morton Fried, vont plus loin encore, et y voient à la fois l'effet secondaire de l'apparition de sociétés étatiques et un véritable cul-de-sac de l'évolution de l'humanité.

En définitive, bien que le terme « tribu » envahisse littéralement les écrits et les discours des anthropologues et ne semble pas situé dans les zones des combats théoriques les plus âpres de l'anthropologie, depuis une décennie le doute émerge sur le terme tribu qui ne correspond pas à la réalité structurelle de certain groupe ethnique [...] tels que les groupes ethnique d'Afrique...



 
 
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